Les causeries de la Diff’ - Etape 1 : Etat des lieux de la diffusion des arts de la rue

Sotteville-lès-Rouen, Viva Cité, 24 juin 2006
samedi 24 juin 2006
par  lafede

La première causerie a pour ambition de mettre à plat ce que certains identifient comme une crise de la diffusion dans le champ des arts de la rue. Crise qui semble s’accroître notoirement en 2006.

Plusieurs constats sont faits :
- De plus en plus de spectacles sont créés, pourtant les programmateurs ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, notamment en terme de propositions de déambulations de qualité. Un formatage des spectacles est-il en train de se développer ?
- Les programmateurs doivent faire face à des jauges de plus en plus importantes. Pourtant ce sont les petites formes (solo, duo) qui se développent le plus et se diffusent le plus facilement, formes qui s’adressent majoritairement à un nombre de spectateurs limités.
- Le nombre de dates pour chacun des spectacles semble diminuer, pourtant les espaces de diffusion, sous forme de festivals ou hors festivals est en augmentation,
- Les budgets de diffusion tendent à augmenter dans leur globalité, pourtant les achats de spectacles sont de plus en plus négociés à la baisse,
- Les grandes formes de spectacles se vendent avec difficulté, le marché pour celles-ci a t’il tendance à se restreindre ?
- Le nombre d’œuvres françaises programmées à l’étranger tend à diminuer, quoiqu’elles restent très prisées.

Le propos du débat est de démêler les termes du paradoxe pour, en un premier temps en examiner les causes.

Première cause : la crise de l’intermittence

Celle-ci a des incidences directes sur la diffusion.

La première est de pousser les compagnies à augmenter le prix de vente des spectacles, en raison de l’obligation qui leur est faite de payer l’ensemble des cachets afférents aux répétitions et aux représentations. Il est essentiel que le prix de vente soit en relation directe avec le coût réel du spectacle pour faire face aux charges de personnel.

Cette obligation est abondée par le fait que les contrôles ayant trait au travail dissimulé se multiplient, mais également par le désir des personnels intermittents d’obtenir suffisamment de cachets par le biais des projets dans lesquels ils s’engagent pour que leur inscription au régime de l’intermittence soit assurée.

Un effet secondaire à cette seconde incidence est que le rapport entre le chef de troupe et ses collaborateurs artistiques et techniques évolue vers une relation classique d’employeur à employé. Garder une équipe en ordre de marche pour une tournée signifie ainsi assurer suffisamment de cachets pour « fidéliser » l’équipe pendant la tournée du spectacle.

Deuxième cause : des temporalités différentes

La crise de la diffusion comprend le fait que les contrats et engagements des programmateurs se produisent de plus en plus tardivement dans l’année.

En effet, il est souligné que ceci rend plus difficile l’organisation des tournées, des temps de répétitions et de remise en route pour les compagnies.

Ainsi, les compagnies attendent-elles la signature des contrats pour engager leurs équipes intermittentes. Les programmateurs expliquent leurs prises de décision tardives par le fait d’être eux-mêmes en attente de décisions des bailleurs de fonds, essentiellement des collectivités locales. Les décisions qu’elles prennent sont tributaires de délais de consultation des instances élues et de mise en œuvre administrative peu adaptés aux impératifs d’une profession dont la période de diffusion optimale se produit entre mai et octobre.

Par ailleurs, la prise de décision d’un programmateur qui souhaite acheter un spectacle peut ne pas être pour l’édition suivante du festival dont il est responsable. Un temps de réflexion d’une à deux années peut être nécessaire ; dans quel espace placer le spectacle, par rapport à quelle démarche de programmation...

Troisième cause : la gratuité

Sans remettre en cause le principe de la gratuité pour les arts de la rue, celle-ci est avancée comme étant une des causes qui rend plus ardu le développement de la diffusion plus. Et les conditions de la diffusion, notamment les délais, plus compliqués.

L’hypothèse selon laquelle la gratuité serait un frein au développement de la diffusion mérite-elle d’être explorée ?

Quatrième cause : une augmentation du nombre de spectacles

On observe une nette augmentation du nombre des spectacles proposés en 2006. Ceci n’est pas forcément un signe de dynamique de la création mais peut aussi être interprété comme la tentative pour les équipes artistiques de proposer des formats de spectacles qui conviennent à la diversité des programmateurs, afin de continuer à vendre, coûte que coûte.

Cinquième cause : la forme du spectacle

Certaines formes de spectacles semblent difficiles à faire tourner. Il s’agit de spectacles qui nécessitent un temps de cohabitation avec les habitants avant que la représentation soit possible. Ce temps correspond à une pratique qui tend à se développer et qui entraîne un coût en terme de résidence de diffusion.

Quelques facteurs dévolution qui permettent de rester optimistes

De plus en plus de collectivités s’intéressent aux arts de la rue et se rapprochent de la profession en faisant des commandes de programmation ou d’intervention artistique. Ce phénomène devrait s’accroître dans les années à venir. Ce développement est le résultat notamment de la sensibilisation des élus aux arts de la rue par les professionnels, et en particulier les regroupements régionaux, fédération régionale ou non, ainsi que la Fédé.

Les budgets de production sont en hausse. Ce qui à terme permettra aux créations d’atteindre un niveau de qualité accru.

Une évolution préoccupante

La crise du spectacle amorcée en 2003 a pour effet d’accentuer une vision entrepreunariale du spectacle en France. Les compagnies sont poussées à développer des compétences classiques de gestionnaires, incluant la diminution des prises de risque et la légalisation des activités artistiques.

Cependant, la gestion de la compagnie ou de toute autre structure d’accompagnement comme une entreprise suppose des moyens qui ne sont pas en adéquation avec les moyens développés.

C’est ainsi que même si les moyens augmentent, ils ne permettent pas d’augmenter l’activité de diffusion à la même échelle.

Pour conclure, il est essentiel de souligner l’inconfort d’une profession - chargé de diffusion, administrateur de tournée, chargé de production- « obligée » de faire des déclarations aux ASSEDIC sans commune mesure avec le temps travaillé, dans un contexte de travail qui tend à se complexifier.

Un groupe de travail réunissant des chargés de diffusion se met en place afin d’échanger sur les pratiques des uns et des autres.

Une question est posée sur l’institutionnalisation des arts de la rue comme facteur de reconnaissance du secteur et donc des moyens justes à lui attribuer.

Enfin, les questions de qualité esthétique ont été évoquées lors du débat en tant que facteur déterminant en ce qui concerne le déroulement de la diffusion pour chaque spectacle.


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